Samedi 8 Novembre – Sur la terrasse de l’hôtel de Poé, juste avant notre départ en brousse.

Ce matin, il crachine un peu au lever du jour. Comme quoi, le coucher de soleil magique d’hier soir ne signifiait pas forcément un grand soleil ce matin. Mais la météo annonce une très belle semaine à venir et tout devrait s’arranger dans les heures à venir.

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Nous allons partir rejoindre Antoine tout à l’heure dans son havre de chasse, à Farino. Avant, nous nous arrêterons faire un petit plein de course dans le petit supermarché de La Foa où nous nous sommes donné rendez-vous... nous qui venons de Poé, plus au Nord et lui de Nouméa plus au Sud.

J’en profite donc de ce petit temps de pause pour vous livrer quelques impressions et vous faire un peu d’histoire sur la Nouvelle Calédonie.

La première bonne impression, c’est qu’ici, nous sommes en France. Et même si c’est de l’autre côté du globe par rapport à la métropole, on y parle français, on y trouve quelques drapeaux bleu, blanc, rouge qui flottent devant les bâtiments institutionnels et surtout on peut y entendre France Inter à la radio ! Et ça, ce petit détail là, m’a fait bigrement plaisir. Certes, j’aurai pu utiliser une apps sur mon mobile pour l’écouter plus tôt ou tenter sur les grandes ondes mais je n’y avais pas pensé et lorsque j’ai entendu le jingle des informations sortir des enceintes de la voiture… c’était trop bon ! Des news fraiches de chez nous distillé par ces voix qui me sont familières sur mon trajet maison-bureau. Ensuite, le retour sur le sol français impose la conduite à droite et le volant à gauche… et là, ça va vous paraître un peu stupide mais ce nouveau changement fut moins facile que je ne le croyait. Nous nous étions bien accoutumés à la conduite anglaise depuis plus de 2 mois et les premiers jours, dans Nouméa, j’étais encore un peu tendu. Mais finalement, les réflexes reviennent au galop et c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! Et puis, en Nouvelle-Calédonie, il y a les produits français. Le pain est bon et inous avons même trouvé du beurre Président ! 

Pour les plus courageux, vous trouverez ci-après un brin d’histoire de la Nouvelle-Calédonie extrait du recueil de Joël Viratelle, Directeur de la Maison de la Nouvelle Calédonie.

 « La Nouvelle-Calédonie est incontestablement le pays des destins contrariés : les Kanak colonisés, repoussés sur leurs propres terres... Les Calédoniens d’origine européenne déportés, transportés et relégués à l’autre bout du monde à l’époque du bagne.

Ces destins contrariés ont été rythmés par la colonisation au prix de souffrances dont on réalise aujourd’hui le traumatisme... Terre de souffrances, terres de violences, la Nouvelle-Calédonie est devenue, avec le temps des accords de Matignon puis de l’accord de Nouméa, une « Terre de parole et de partage »... Telle est aujourd’hui sa devise qui exprime à elle seule tous les enjeux de son évolution politique et la construction de son destin commun... Une devise qui porte en elle les espoirs de tout un peuple qui aspire à vivre en paix.

Les Kanak, tout comme la majorité des Océaniens, sont les descendants d’un lointain peuple de navigateurs, les Austronésiens. Ils peuplent la Nouvelle-Calédonie vers 1100 av. J.-C. et y développent, jusqu’au début du premier millénaire de notre ère, une culture principalement littorale. Elle est caractérisée par de magnifiques poteries décorées dites « Lapita » et la construction de murs de pierres monumentaux comme à Maré.

Alors qu’il effectue son deuxième voyage dans la région, James Cook aborde le nord de la Grande Terre, à Balade, le 4 septembre 1774, inaugurant ainsi la découverte mutuelle des Kanak et des Européens. La vue des côtes calédoniennes lui rappelant celles de l’Ecosse (Caledonia en latin), il nomme cette nouvelle terre « New Caledonia ». Puis après avoir longé sa côte est, il aperçoit Kunié qu’il nomme « île des Pins ». Entre 1792 et 1840, de nombreux autres explorateurs parcourent la région, parmi lesquels d’Entrecasteaux, pour la côte ouest, et Dumont d’Urville qui achève
la cartographie des îles Loyauté.

Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prend officiellement possession de
la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances : « la Nouvelle-Calédonie permettra d’assurer à la France dans le Pacifique la position que réclament les intérêts de la marine militaire et commerciale », écrit-il au ministre de la Marine. Pour peupler la Nouvelle-Calédonie, le gouvernement français fait venir deux types de colons : les « libres » qui ont choisi de s’installer dans l’archipel et les « pénaux », venus purger une peine d’emprisonnement le plus souvent assortie d’une obligation de résidence perpétuelle dans la colonie.

Après l’insurrection de la Commune de Paris en 1871, de nombreux communards, parmi lesquels Louise Michel et Henri Rochefort, sont déportés en Nouvelle-Calédonie. Toutefois, la très grande majorité d’entre eux ne sont pas astreints aux travaux forcés. Après l’amnistie totale de 1880, la plupart rentre en France. Outre les insurgés parisiens, plusieurs groupes, ou individus, souvent en provenance des colonies françaises sont également condamnés à l’exil politique, à l’instar des révoltés de la Grande Kabylie.

Les conséquences de la colonisation sur la population kanak sont dramatiques. Dès 1855, l’Etat s’attribue la propriété des terres, et au fur et à mesure de l’avancée du front pionnier, l’administration coloniale contraint les populations autochtones à se regrouper dans des territoires délimités à cet effet, les « réserves ». L’arrêté de 1868 précise que la propriété indigène ne peut être ni louée, ni vendue ni cédée gratuitement. L’espace foncier mélanésien de la Grande Terre est réduit à 13 % de sa superficie initiale sous les coups de boutoir des opérations dites du « grand cantonnement », conduites entre 1897 et 1903 sous l’autorité du gouverneur Feillet. Le régime de l’indigénat, ensemble de règles spécifiques ne s’appliquant qu’aux populations mélanésiennes, est mis en place en 1887 pour dix ans puis régulièrement reconduit et complété. Il régit la gestion des tribus et réprime des infractions spécifiques aux Kanak. Ainsi, leurs déplacements sont contrôlés et ils ne peuvent entrer dans Nouméa sans autorisation. Les spoliations foncières, la marginalisation sociale résultant de l’indigénat et la perte des repères culturels suscitent un profond mécontentement dans les tribus. Il se traduit par un certain nombre de soulèvements ou de révoltes dont les deux principales sont celles de 1878 et de 1917. Traumatisée par la colonisation, décimée par les guerres et le choc épidémiologique, la communauté kanak se réduit dangereusement. En 1921, elle ne compte plus qu’environ 27 000 personnes. Elle aurait ainsi perdu la moitié, voire les 2/3, de ses effectifs depuis la prise de possession.

Dès la fin du xixe siècle, les prospections minières ont révélé la présence de nombreux minerais dans le sous-sol calédonien : nickel, chrome, cobalt, fer, cuivre, manganèse et bien d‘autres encore.

Avec la découverte du nickel, en 1864, par Jules Garnier, le pays oscille entre des phases euphoriques d’enrichissement facile et de sévères récessions.

Bien que les théâtres d’opération de la Première Guerre mondiale ne concernent que fort peu le Pacifique, les puissances occidentales mettent rapidement à contribution leurs empires, y compris leurs colonies océaniennes. Dès le 5 août 1914, les citoyens français de Nouvelle-Calédonie sont appelés sous les drapeaux. A compter de janvier 1916, les engagés volontaires kanak sont incorporés au bataillon des tirailleurs des îles du Pacifique.

Le second conflit mondial, commencé en 1939, mais surtout la défaite de la France et l’armistice
de juin 1940 posent à la Nouvelle-Calédonie et à ses habitants la question de leur positionnement vis-à-vis du gouvernement de Vichy.

Des « comités » se multiplient dans la colonie pour convaincre les habitants de le rejeter. Finalement,
le 19 septembre 1940, l’archipel se rallie à la France libre du général de Gaulle qui recrée le bataillon du Pacifique, connu comme « le bataillon des guitaristes ». La Nouvelle-Calédonie devient peu après le centre du commandement interallié dans le Pacifique et une de ses principales bases arrière.

En 1946, un changement fondamental intervient. La notion de colonie disparaît dans tout l’empire français et la « Nouvelle-Calédonie et dépendances » devient un territoire d’outre-mer (TOM). Ses habitants sont désormais représentes par un député et par un conseiller de la République qui siège au Sénat.
Le régime de l’indigénat est aboli ainsi que celui des engagés asiatiques. Les Kanak deviennent des citoyens français, ils peuvent circuler librement, choisir leur employeur et résider où bon leur semble.

Alors qu’en Polynésie française, les expérimentations nucléaires se multiplient, la Nouvelle-Calédonie connaît, à la fin des années 1960, une phase d’expansion économique exceptionnelle, appelée «boom du nickel», les cours ne cessant alors d’augmenter. Une véritable fièvre s’empare du pays : des chantiers de prospection, des routes d’exploitation et de transport du minerai s’ouvrent aux quatre coins de la Grande Terre. Dans un contexte de prospérité économique jamais connue auparavant, des fortunes s’édifient rapidement.

De retour de métropole, Nidoish Naisseline et certains autres étudiants kanaks qui ont vécu « Mai 68 » fondent, la même année Les Foulards rouges, le premier mouvement de tendance indépendantiste.
Avec la chute des cours du nickel, le boom s’interrompt brusquement en 1971-1972 entraînant des faillites et des licenciements qui affectent surtout les travailleurs les moins qualifiés.

La récession économique contribue à élargir le fossé séparant les communautés européenne et mélanésienne. Cette dernière a le sentiment qu’après avoir été marginalisée dans son propre pays, elle est la première à faire les frais de la crise. En juin 1975, le mot d’ordre d’indépendance kanak est lancé tandis que la tenue, en septembre, du festival culturel Mélanésia 2000 est l’occasion d’une forte affirmation identitaire. Consacrant la radicalisation des positions politiques autour de la question de l’indépendance, deux nouveaux partis se constituent et s’affrontent : en 1976, le Parti de Libération kanak (Palika) et, un an plus tard, le Rassemblement pour la Calédonie dans le République (RPCR) rapidement baptisé « loyaliste » car se voulant l’incarnation de la loyauté vis-à-vis de la France.

Les indépendantistes se regroupent en 1979, dans le Front Indépendantiste (FI), puis en 1984 dans le Front national de libération kanak et socialiste (FNLKS). Ils portent leur cause devant le comité de décolonisation de l’ONU.

L’arrivée à la présidence de la République du socialiste François Mitterrand entraîne, en 1981, une radicalisation des positions et l’assassinat du secrétaire général de l’UC, Pierre Declercq. Puis en 1984, faisant suite au boycott des élections qui doit renouveler l’Assemblée territoriale, débutent ce que l’on appelle « les événements ». Cette période de troubles est marquée par des meurtres, des attentats, des émeutes, des embuscades, des fusillades et l’expulsion d’anti indépendantistes de la côte est
ou des îles Loyauté. L’incompréhension entre les deux camps s’aggrave, la tension monte jusqu’au « drame d’Ouvéa », où des militants du FLNKS tuent quatre gendarmes, en retiennent d’autres en otages dans la grotte de Gossanah dans l’espoir d’obtenir une indépendance immédiate. L’assaut donné, le 5 mai 1988, par les forces de l’ordre pour libérer les otages fait vingt et un morts : dix-neuf Kanak et deux gendarmes.

La réélection, le 8 mai 1988, de François Mitterrand à la présidence de la République offre l’occasion
de repartir sur de nouvelles bases. Dès sa nomination, le Premier ministre Michel Rocard affirme sa volonté de renouer les fils du dialogue et il dépêche sur place une mission de conciliation qui prend le temps d’écouter la société civile.

Le 26 juin 1988, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou signent des accords qui esquissent les contours d’une nouvelle communauté de destin. Leur poignée de main historique scelle le compromis et ramène la paix civile sur le Caillou. Les textes prévoient l’organisation, en 1998, d’un référendum d’autodétermination et la création de trois provinces – Nord, Sud, Iles Loyauté – qui deviennent l’outil de la politique de rééquilibrage et de développement. Deux provinces, le Nord et les Loyauté, sont gérées par les indépendantistes, le Sud par les loyalistes. Pour faciliter le partage des responsabilités entre les différentes ethnies, un important programme de formation, dit des « 400 cadres », est mis en place. L’objectif est de former des cadres, essentiellement kanak, afin de leur permettre d’accéder aux plus hauts postes. Mais dans le camp indépendantiste, les accords ne font pas l’unanimité et le 4 mai 1989, lors de la cérémonie rituelle de levée de deuil, Jean-Marie Tjibaou est assassiné à Ouvéa par Djubelly Wea, un extrémiste qui l’accuse d’avoir trahi la cause.

Pour éviter en 1998 un référendum couperet qui pourrait faire resurgir les tensions, les discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’ouvrent dès 1996. Les indépendantistes posent, comme préalable, l’accession à la ressource minière qui leur permettra d’alimenter l’usine métallurgique qu’ils projettent de construire en province Nord. Ils obtiennent gain de cause et, le 5 mai 1998, Lionel Jospin signe,

en compagnie des principaux acteurs de la vie politique locale, l’accord de Nouméa. Il inaugure également le centre culturel Tjibaou, pôle de rayonnement de la culture kanak.

Quant à l’accord, il est soumis aux Néo-Calédoniens par référendum local et adopté par 72 % des électeurs.

Le préambule de l’accord de Nouméa évoque « les ombres de la période coloniale » et reconnait l’identité kanak mais précise « ... qu’elle ne fut pas dépourvue de lumière ». La loi organique de mars 1999 met en place le transfert progressif et irréversible d’un certain nombre de domaines de l’Etat.

La loi organique de mars 1999 met en place le transfert progressif et irréversible d’un certain nombre de domaines de l’Etat à la Nouvelle-Calédonie jusqu’en 2018. Au terme de cette période, l’Etat ne détiendra plus que les compétences régaliennes (défense, justice, maintien de l’ordre, monnaie, affaires étrangères).

Entre 2014 et 2018, un référendum d’autodétermination peut être organisé si les 3 / 5e du Congrès le demandent.
En 2010, la Nouvelle-Calédonie n’est plus un TOM mais une collectivité de la République française, inscrite dans la Constitution, la citoyenneté calédonienne donnant à ses habitants la possibilité de construire un « destin commun », voire une indépendance librement consentie à l’échéance de 2018 ».

Nous partons dans la brousse dans 30 minutes et pendant les 3 prochains jours, mes billets ne pourront pas vous parvenir mais on vous revient en début de semaine avec les récits de la chasse… et en attendant, le soleil est revenu. A pouet !

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Profitez tous du week-end et nous vous embrassons !

Victorinox