A peine rentrés au Chili… que nous le quittons déjà. Mais nous le retrouverons plus tard, dans 2 semaines environ.

Hier soir, nous avons acheté nos billets dans la compagnie Andesmar… la seule qui nous proposait un transfert à Salta jeudi pour nous permettre d’être sur place vendredi pour le match France-Allemagne. Au guichet, la chilienne d’adoption mais néerlandaise d’origine nous prédit une finale Hollande-France… avec victoire de la Hollande. Nous la croyons sur parole, sauf pour le résultat de la finale !

De retour à l’auberge, nous avons partagé une bière avec Rémy et Noémie, nos « bourlingueurs français ». Nous avons bien échangé sur leurs quelques mésaventures depuis 3 ans en Nouvelle-Zélande et ailleurs afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent avec nous. Merci à tous les 2 pour votre sympathie et vos attentions. Vous non plus, nous ne vous oublierons pas. Peut-être que nous pourrons nous croiser un jour en France… quoique je crois que vous êtes bien partis… et pour longtemps, félicitations car ce que vous faîtes tous les deux est très chouette !!

Ce matin, après un bon petit déjeuner à l’auberge (bis repetita pour le pain français) et un Skype avec mon autre moitié (comprenez mon associé) pour les féliciter des résultats historiques de ce début d’année, nous filons au terminal de bus. 11h de route nous attendent. Le bus est top confortable. Nous sommes à l’étage, en classe semi cama (c’est à dire semi allongé), et nous avons beaucoup d’espace pour nos jambes. Les derniers rangs de siège, juste derrière nous, sont inoccupés. Nous prenons nos aises.

Après quelques kilomètres pendant lesquels nous revenons sur nos pas vers la frontière bolivienne, nous bifurquons vers l’Argentine. Le panorama est vraisemblablement le même que dans le désert de Uyuni. Aéré avec de superbes montagnes au second plan, de part et d’autre de la route. Les reliefs sont doux. Nous sommes déjà à plus de 4 000m d’altitude et nous continuons de monter. Une piste part sur notre droite de notre route avec un panneau indiquant que nous entrons dans la « Reserva Nacional Los Flamencos ». Les paysages deviennent de plus en plus sublimes.

Sur le bord de la route, des touffes de buissons jaunes qui s’étalent et tapissent le proche horizon. Juste derrière, des montagnes se parent d’un camaïeu d’ocre laissant à leurs pieds des lagunes tantôt blanchies par le sel, tantôt sombres à cause des eaux noires. 2h d’une route indécente de beauté nous fera passer le temps à toute allure. Nous franchissons un col à 5 200m… depuis un bon moment, nous sentions l’oxygène se raréfier et les tempes se comprimer. Je vous livre quelques photos pour vous faire rêver… et ce n’est qu’un aperçu de ce que nous avons vu… imaginez seulement !

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Nous redescendrons jusqu’à 4 200m pour nous arrêter à la frontière entre le Chili et l’Argentine.

Le bus s’arrête. Il faut descendre avec nos sacs et nos affaires car l’intérieur va être inspecté par les autorités. 1h de queue pour passer les administrations douanières chiliennes et argentines et 2 nouveaux coups de tampon sur nos passeports !!

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Nous reprenons la route. Le paysage est montagneux et plus aride, moins coloré. Majestueux mais tellement plus fade après les paysages fous de la « Reserva Nacional Los Flamencos ».

Le sandwich distribué par le chauffeur ne restera pas dans nos mémoires et heureusement que ce matin, en allant au terminal de bus, nous avions fait un petit détour par la boulangerie française. La baguette fraiche et croustillante au fromage et celle aux olives n’ont pas résistées.

A 15h la route tourne et nous passons plusieurs épingles à cheveux, assez inédit ici.

Vers 16h, les premiers cactus font leur apparition. Nous traversons un canyon escarpé et les strates rougeoyantes de la roche se délitent par le temps et dessinent des marches, comme des escaliers géants. Le canyon s’élargit et les montagnes sont au premier plan, maintenant parsemées de nombreux cactus. Nous descendons toujours depuis la frontière… difficile d’imaginer notre altitude.

Le temps passe vite. La route est confortable, le bus aussi… bien loin des soubresauts des bus péruviens et boliviens. Un film de Luc Besson, « 3 days to kill » est diffusé sur les trois petits téléviseurs suspendus de l’allée centrale. Pas de son, pas de sous-titrage. Nous tentons en famille de réécrire le scénario.

Les montagnes sont au loin. La plaine désertique est réapparue. J’imagine que nous sommes en train de franchir la cordillère.

Maintenant, nous traversons un nouveau Salar, immense, avec ses petits tas de sel posés ça et là. Petit à petit, le Salar touche à sa fin. Il prend des notes verdâtres avec le sel qui cède sa place à une végétation rase.

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A nouveau des montagnes et ça monte encore. Visiblement, la cordillère n’est pas encore franchie. Elle semble épaisse. Comme si les chaînes de montagne et les cols s’empilaient les uns après les autres. Nous passons maintenant le col de « Alto Mordato » à une altitude de plus de 5 200m !!

Et « BG » m’interpelle pendant que j’écris : « Papa, regarde la route de malade en bas ! ». La descente est impressionnante. Un nombre incalculable de lacets dans une petite vallée resserrée pour rejoindre la plaine. La pente est énorme, probablement près de 20% par endroit. Elle est presque embarrassante pour nous les passagers car le bus n’est retenu que par son frein moteur. Soudain plus de bitume dans une courbe étroite et dessous les lacets sont très resserrés. La route ondule comme les sinuosités de la mousse chantilly sur une glace.

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Puis, l’étau de la vallée se desserre et les lacets sont maintenant plus amples. La pente aussi est moins raide.

Depuis notre départ de San Pedro de Atacama à 10h ce matin, nous n’avons quasiment pas croisé de construction, pas un seul village… depuis plus de 7h que nous roulons. En l’écrivant, je m’aperçois d’ailleurs qu’il nous reste encore 4h. Le soleil est caché derrière la montagne. Il n’illumine plus que la plaine encore au loin. Les montagnes qui entourent cette vallée se sont érodées avec un particularisme singulier.

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C’est dingue, avant, j’avais l’impression que les voyages en bus étaient « usants ». Aujourd’hui, je me rends compte à quel point parcourir le monde en bus est enrichissant. L’Europe, qui nous paraissait bien grande, nous semble beaucoup plus accessible aujourd’hui.

La route est maintenant droite comme un « I ». Il semble que nous ayons franchi la cordillère. Le soleil se couche et les nuages se colorent. Ca y est, la nuit tombe. Le décor ne change plus guère. Quelques gouttes sur le pare-brise... les premières depuis notre départ de France. Nous roulons sur ce qui ressemble à une autoroute. Les lumières au loin. Des villes dans la nuit. Nous avons l'impression d'être dans un pays beaucoup plus civilisé que les précédents. Nous allons nous laisser glisser ainsi jusqu’à Salta. Notre arrivée est prévue vers 21h. 

Victorinox