Il est 5h. Le réveil vient de sonner signalant la fin de la nuit… comme une délivrance !

Hier soir, à notre arrivée, nous avons été agréablement surpris lorsque nous avons découvert l’auberge. 5 dortoirs, certes pas de douche ni d’eau chaude, seulement 2 petits lave-mains dans les toilettes communs mais partout un sol en ciment et un toit en tôle. Notre dortoir est composé de 5 lits avec des matelas posés sur un socle en béton. Pas d’ouverture donc pas risque de froid lié au mauvais calfeutrement des fenêtres. Cependant, il ne fait déjà pas chaud dans l’auberge et il n’est que 17h. Même si nos refuges de hautes montagnes sont autrement mieux équipés, nous ne nous plaignons pas d’autant plus que c’est peut-être la nuit la plus compliquée de notre tour du monde.

La soirée, tous ensemble, était top sympa. Dans la salle commune, nous avions regroupé 2 tables de 6 près de l’unique poêle à bois pour essayer de nous réchauffer. Traditionnels maté de coca, infusions et petits gâteaux secs et nous nous tapons la discute un bon moment. Retour dans le dortoir pour préparer nos lits avant le gros coup de froid et la nuit noire. Le sac à viande dans le sac de couchage et le sac de couchage sous les 3 couvertures posées sur le lit. Nous en profitons pour nous préparer à lutter contre les -30° annoncés et nous habiller en conséquence. Nous sortons du dortoir comme si nous allions sortir dehors. En bas, collant, jeans et chaussettes de ski… en haut,  Odlo, 2 T-shirts, un polo, un pull, une polaire et la doudoune sans oublier les gants, bonnets et chèches. Nous passerons la soirée ainsi et la nuit aussi. Il est maintenant 19h, le générateur vient de se mettre en marche. Nous avons de la lumière dans la salle et une prise multiple pour recharger l’appareil photo et le Mac… c’est parfait !

Ce soir, ce sont les jeunes qui payent l’apéro. Ils ont trouvé un petit boui-boui pour acheter bière et vin pour une équité totale. Après le diner, vers 20h40, nous décidons de nous préparer pour la nuit car le générateur sera coupé à 21h. Nous nous couchons donc tout habillés, avec les gants et le bonnet. Le froid nous saisit. Extinction de la frontale. Personne n’arrive à s’endormir à cause de l’heure ou plus surement à cause du froid. La nuit sera très mauvaise. Même bordées sous le sommier, les couvertures trop courtes glissent sans cesse sur le sac de couchage en nylon. A chaque mouvement du corps, il faut ressortir les mains du sac à viande pour réajuster le tout. Les réveils sont très fréquents et à chaque fois, pour s’endormir à nouveau, c’est long. La nuit ne sera reposante pour personne.

Lorsque le réveil sonne, nous sommes plutôt réjouis et nous hâtons pour boucler nos sacs. Ce sera vite fait car nous partons dans la même tenue que nous avions pour la nuit.

A la frontale, nous aidons Alejandro à harnacher nos sacs sur la galerie du Toy. Le vent souffle fort. Nous sentons bien les -18°. Sans les gants, ça pique. Le ciel est tout étoilé. Il y en a beaucoup plus que chez nous. Alejandro n’est visiblement pas en forme. Les cuisinières d’hier soir ne devaient pas être à son goût et ce matin il est tendu !

Il mastique ses feuilles de coca, pas de musique à bord. La nuit est encore noire et il faudra attendre  encore un peu avant de distinguer à l’horizon les premières lueurs du jour à l’horizon. Le Toy se traîne. Nous étions partis les premiers de ce village de refuges et maintenant, plus de 20 véhicules nous ont doublé. Alejandro, c’est certain, ne va pas bien.

Nous franchissons des pistes en tôles ondulées, ça tremble partout à bord. Quelques virages, nous montons sans distinguer le décor.

Et puis, au loin, à la lueur du jour qui se lève, nous distinguons des geysers. Ce sont les geysers Sol de Manana. Nous nous arrêtons pour quelques photos. Une odeur âcre de souffre se dégage mais le spectacle, visible seulement à l’aube est superbe. Quelques trous d’où se dégage en permanence, et avec une pression qui ne semble pas naturelle tant elle est importante, un important nuage de vapeurs. Nous nous approchons très près mais prudemment car la température peut atteindre 200°. Nous sommes à  5 000m et nous marchons, avec un jour pas encore levé, autour de geysers impressionnants. C’est lunaire !

A peine repartis, le jour se lève, pas le soleil mais la luminosité devient suffisante pour distinguer les paysages. Il est 7h30 et très vite, nous distinguons la source chaude dont parlent les guides. Il s’agit de Las Termas de Rolques. Alejandro stoppe le Toyota.

Un véritable paradis après cette nuit passée dans le Salar. L’eau, riche en minéraux, est réputée soulager les rhumatismes et l’arthrite mais ce qui va nous soulager, nous, c’est de prendre un bain dans une eau à 35° et surtout… à 4 820m d’altitude !! Imaginez-nous au sommet du Mont-Blanc dans cette piscine naturelle. Nous sommes immergés jusqu’au cou et nos cheveux mouillés gèlent aussitôt.

Et soudain, derrière la montagne, le soleil se lève. Nous sommes les rois du monde. Dans la piscine, seuls les plus valeureux de notre groupe se baignent… avec un autre français que nous avions rencontré il y a 2 jours à Uyuni. Je suis là, avec mes 3 garçons, bras dessus dessous dans la piscine pour observer le spectacle que nous offre cette dernière journée en Bolivie. Vraiment fou. J’ai de la chance, je le sais… nous le savons.

 

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Nous profitons du site pour prendre le desayuno (petit déjeuner) sur place puis repartons.

Nous rentrons maintenant dans le désert de Salvador Dali. Il porte ce nom car l’artiste y a séjourné durant 3 ans pour réaliser plusieurs œuvres. Le décor est rendu lunaire par la symphonie de couleurs chaudes que nous distinguons sur les montagnes qui nous entourent. On dirait que les paysages sont le fruit d’un délire cosmique. D’un blanc beige à l’ocre, toutes les nuances y passent !!

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Il faut faire vite car Alejandro nous informe que nous n’avons pas de beaucoup de temps pour rejoindre la frontière du Chili.

Alejandro accélère enfin, nous le félicitons en cœur avec Olivier et El Gringo. « Alejandro es el mejor piloto del desert ! ». Malheureusement, Tito et les 6 autres français sont loin devant. Notre Land Cruiser ondule de gauche à droite sur cette piste caillouteuse. Le Toy est redevenu confortable. Nous flottons… un peu trop même. Nous sentons que les travers sont fréquents et le dérapage pourrait à tout moment devenir incontrôlé. Nous imaginons le tonneau et prévenons les enfants sur les consignes à suivre en pareille situation. Charles me dit : « Mais avec Alejandro, pas de tonneau ! ».

Toujours autant de décor de dingue dans ce désert puis face à nous le grand volcan Licancabur. Une montagne parfaitement isocèle, de couleur unie et avec un gros névé au sommet.

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Au pied du volcan, nous faisons face à la majestueuse Laguna Verde. Un lagune morte, toxique car elle contient de l’arsenic et du cuivre qui lui confère cette couleur verte.

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On aurait envie de s’y baigner mais elle est complètement gelée et le vent froid nous cingle le visage. Dernière photo de notre groupe car nous serons au Chili dans quelques minutes. A gauche de la piste blanche et lisse, un bras de la lagune complètement gelée nous laisse penser à la banquise. Nos cœurs se pincent aussi à l’idée que notre petit groupe va se séparer. Chacun doit reprendre sa route. Olivier, Marielle et Hugo vont prendre un bus pour rentrer à Santiago, Annabelle (qui me fait énormément penser à ma petite Camille, ma filleule) et Philippine vont remonter à Uyuni et Eliot et Auriane vont filer en Argentine.

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Nous avons vécu ensemble 3 jours fabuleux et presque irréels. Nous ne vous oublierons jamais.

Il est 9h30, nous roulons à bloc et ce sont nos derniers kilomètres en Bolivie. Même si ce pays possède le triste record de 60% de sa population qui vit sous le seuil de pauvreté, le pays dans lequel nous aurons vu le plus de mendiants et d’enfants démunis, nous en garderons un souvenir impérissable. Ce sont les plus beaux paysages que nos yeux n’ont jamais vu.

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Le passage de la frontière se passe dans une guérite posée là au milieu de nulle part. Un coup de tampon sur le passeport et nous quittons Tito et Alejandro. Annabelle et Philippine repartent avec eux à Uyuni.

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Nous autres, nous montons dans un mini bus (beaucoup plus européen) et roulons pendant 40 kms jusqu’à San Pedro de Atacama. En 40 kms, nous avons vu toute la différence entre le Chili et la Bolivie. Le faciès des Chiliens est semblable aux nôtres. Le type et l’âge des voitures qui circulent, l’absence de pollution et de nombreux détails nous montrent qu’il y a un monde entre ces 2 pays.

A nous le Chili… mais avant nous passerons quelques jours de répit à San Pedro de Atacama !

 

Victorinox