Tout devait rouler comme sur du papier à musique, sauf que…

Lever à 6h30, petit déjeuner à 7h, taxi à 7h30 pour arriver à la gare à 7h45… pour prendre notre bus à 8h. Déjà, on était un peu court sur le timing.

Sauf qu’une fois arrivés à la gare routière d’Arequipa, située à 15 mn en taxi de l’hôtel, JE me rends compte que mon passeport est resté sur le lit à l'hôtel avec tout mon portefeuille… carte bancaire et 600€ en liquide !! Mais quel con !!  Quel gros con !! C’est la panique et en 2mn, notre plan « Canyon del Colca » s’écroule ! Le départ devient impossible puisque je dois présenter mon passeport avant d’embarquer dans le bus. En plus, nous avons déjà réglé les 2 nuits d’hôtel à Cabanacombe.

Un moment d’affolement sur le trottoir devant la gare routière puis on réfléchit et on s’organise à toute berzingue !! D'abord, nous courrons au comptoir de la compagnie de bus, Lovely Planet recherche en courant le n° de téléphone de l’hôtel et moi j’appelle… Le réceptionniste file regarder sur le lit. Les papiers sont bien-là… un premier « ouf » de soulagement, je ne les ai pas perdu ailleurs ! Je lui précise de bien les conserver et que je passerai les reprendre samedi à notre retour à Arequipa. Il les met au coffre en attendant… on croise les doigts !!

Au desk de la compagnie de bus, je sors le passeport d’Edith, le montre rapidement et indique mon n° de passeport que je connais par cœur… ça passe… second « ouf », nous sommes bons !!

Nous embarquons enfin… à h-2mn… tout ce que j’aime ! Mais rien à redire à personne puisque le clampin de l’histoire, c’est moi !

Le confort du bus est bien moindre mais à 17 Soles (5€ pour 6 h de trajet), rien à dire non plus. Seulement 2 autres couples de touristes sont assis dans le bus… et le reste, que des péruviens. Beaucoup plus de folklore qu'avec notre "Cruz del Sur".

Nous sortons d’Arequipa et le paysage devient cette fois complètement désertique. Le désert en montagne. Des montagnes vallonnées, rarement abruptes. Aucune végétation, que des pierres au sol… et quelques lamas en liberté. Nous franchissons un col à plus de 4 000m. Quelques névés. Nous qui, à la maison, avons la vue sur la chaine du Mont-Blanc, nous circulons en ce moment plus haut que la majeure partie des sommets que nous voyons tous les jours. Ca nous semble à la fois étrange et insolite…

DSC01802 - copie

DSC01808 - copie   DSC01811 - copie

Durant le trajet jusqu’à Chivay, (première escale après 3h30 de trajet.. et une pause pipi bien appréciée) 2 péruviens nous ont vanté, debout dans l’allée centrale du bus, les mérites de leurs produits… dont l’un d’eux pour un fameux mélange à diluer dans l’eau pour lutter contre le Cholestérol… mieux que les produits de l’hôpital, disait-il… nous n’en gouterons pas lorsqu’il en proposera à tous les passagers !!

Après Chivay, c’est le Pérou comme on l’imagine, come on l’aime.

Nous traversons une vallée assez large avec des montagnes de part et d’autre. Quelques cactus parmi les pierres. Un peu de vert dans cette montagne assez désertique. C’est très chouette, très organique. Quelques petites maisons en pierre, des murets en pierre aussi clôturent les champs ou paissent des ânes. D’autres murets de pierre organisent la montagne en terrasses agricoles successives.

Une petite église blanche dans un village à la rue principale pavée. Puis sur la route, plusieurs glissements de terrains au moment où la route franchit une rivière (il y a en effet un peu d’eau parfois…) et à chaque fois, il faut contourner l’ouvrage écroulé sur un chemin de fortune. Les suspensions du bus ont probablement plusieurs centaines de milliers de kms, alors nous bloquons nos reins pour limiter les sensations peu appréciables. Le bus dévale la route à vive allure et nous ne sommes pas toujours rassurés dans les virages. A juste titre puisque au détour d’un virage, des locaux sont  regroupés autour d’un bus qui s’est couché sur le côté. Tout le monde se lève dans notre bus pour regarder. On ralentit un moment mais cela ne durera pas. Notre appréhension, si !

Plus on approche de Cabanaconde, plus la route se transforme en chemin… je comprends mieux l’état des suspensions et nous fatiguons un peu. Secoués… tout le temps… je n’arrive plus à taper sur le clavier de mon Mac posé sur mes genoux. Il fait chaud. On sent les effluves dans le bus. On y est vraiment les amis. C’est comme ça que j’imaginais le Pérou, c’est juste encore et toujours énorme !!

En plus de son état, la route devient encore plus sinueuse. Le bus klaxonne tout le temps. On ne se croise pas à 2 sur cette route qui ressemble plutôt à un "camino" (chemin). Quelques tunnels. Le canyon se forme sur notre droite. Les montagnes sont maintenant très proches de nous, elles sont devenues abruptes. Encore des cactus et même quelques eucalyptus disséminés ça et là parmi les pierres. Le vide devient impressionnant et il roule toujours trop vite ce chauffeur !! El Gringo, assis à mes côtés n’est pas très rassuré non plus… Nous sommes ballotés de gauche à droite et la poussière rentre dans le bus par les petites fenêtres ouvertes. Aïe, on  se cogne avec Charles ! Le bus est secoué, secoué… encore secoué. Et il nous reste encore 1h15 de voyage a priori. Ca va forcément se calmer ou ralentir… le bus s’arrête un instant dans un petit village de montagne, ambiance très rustique. Quelques personnes descendent. Un homme avec son chapeau typique et deux femmes avec des tenues locales. Elles aussi sont chapeautées et portent sur le dos leur fardeau dans un tissu coloré typique. Leurs tenues ont changé, leurs chapeaux aussi, plus colorés encore qu’à Arequipa. Un coup de klaxon et nous repartons. Moi, je fais une pause dans l'écriture pour profiter du décor.

Nous sommes toujours sur la route qui mène au bout du monde… c'est vraiment l'impression que cela nous donne ! La route grimpe fortement, le bus peine à monter au ralenti, presque à la limite de caler, tout au couple moteur. Nous accédons au sommet de la pente puis le régime moteur reprend avec la route qui redescend. Je m’interroge sur la durée de vie des bus dans de telles conditions de circulation. Pourtant, à bord, tout le monde semble habitué. Ca nous rassure un peu, un peu seulement ! Tout vibre dans le bus et même nous ! Le chemin est défoncé. Les corps sur les sièges sont comparables à des pantins assis sur des ressorts qui montent et descendent à un rythme effréné, sur une chorégraphie complètement désynchronisée et aux sons des claquements des suspensions d’un bus devenu comme fou !

Rien ne change à l’extérieur si ce n’est le canyon qui n’en finit pas de descendre… ou nous de monter, je ne sais plus vraiment qui fait quoi dans ce chaos… il y un sacré « gaz » (vide) à ma droite, énorme  même !! Pas de barrière de sécurité, ni même de murets de sécurité en pierre et nous filons comme le train de la mine chez notre ami Mickey… la seule différence : on se marre beaucoup moins et c’est beaucoup plus inconfortable !!

Encore une côte, et enfin, au sommet, au moment ou nous basculons sur la descente… un miracle ! La route est à nouveau goudronnée. Le calme revient, les secousses s’arrêtent, la crainte se dissipe même si le bus dévale toujours à fond les manettes. Nous, nous serrons les fesses dans les virages. Les freins commencent à crisser, ils chauffent peut-être ? Les arrêts sont fréquents maintenant et, tantôt le bus charge, tantôt il décharge des locaux tous plus « vrais » les uns que les autres et tous souriants. Des femmes surtout, aux visages burinés par le soleil, le labeur et les conditions de vie difficiles à cette altitude. Je les photographie avec les yeux. Le bus est maintenant bondé et des femmes se tiennent debout à l’avant. La route est plus calme, le revêtement de bonne qualité. On respire. On souffle même. Ca sent presque l’arrivée. Ce serait pas mal d’arriver, 6h dans ces conditions, ça use. La vallée s’élargit à nouveau. Le canyon est plus lointain maintenant. Ca y est, un panneau touristique planté là au milieu de nulle part indique que nous arrivons a Cabanaconde. Le goudron laisse une nouvelle fois la place à un chemin caillouteux mais ce n’est pas grave, derniers virages, dernière épingle serrée, derniers cris dans le bus au moment où nous franchissons un passage qui semble plus étroit que le bus... nous arrivons !!! Je vois le village en contrebas…

Nous le traversons. Nous nous arrêtons car le bus doit passer entre 2 maisons. Le passage est trop juste, on nous demande de fermer les fenêtres "papillon" pour gagner quelques précieux centimètres… c’est le bus qui avance centimètres par centimètres. La chaleur devient insoutenable. On recule, ça ne passe pas. Nouvelle manœuvre… ça râle. Tout le monde s’emballe dans le bus. Chacun semble y aller de son conseil. C'est la cacophonie ! Il fait plus de 40° dans ce bus mais je trouve cette ambiance fabuleuse.  Ca y est… ça passe ! Olé… tout le monde est rassuré. On ouvre les fenêtres. On respire à nouveau. On est arrivé !! Il est 14h.

Une bière, vite, très vite !... c’est pour une urgence !!

Nous venons de vivre un super moment et cette route, nous ne l’oublierons jamais ! 

François… qui malgré l’état de la route vous a livré ses impressions en direct-live depuis le bus infernal entre Arequipa et Cabanaconde…. dans des conditions de dingue !!... désolé, je n'ai pas eu le temps de prendre de photos !!